Empathie électronique

By Beat Richert

J’ai dernièrement eu le plaisir de participer à l’évènement Horizon, organisé par l’Université McGill, ou pendant trois jours, une multitude de spécialistes venant de disciplines complémentaires ont dressé un portrait détaillé de l’Université de l’an 2050. Le leitmotiv de cette série de conférences était le rapprochement entre l’homme et la technologie qui s’accélère de plus en plus, non seulement au niveau physique (usage de robots pour certaines tâches manuelles), mais aussi en rapport aux algorithmes qui remplacent de plus en plus l’activité cérébrale humaine (comme par exemple, un logiciel qui écrit un résumé d’une partie de baseball en temps réel). L’amélioration continue du traitement du langage naturel emmènera ce phénomène à devenir de plus en plus fréquent, réduisant notre rapport de force avec la technologie et nous laissant une supériorité qu’au niveau émotionnel. Encore là, des compagnies telles que Google, Facebook et Amazon dévouent beaucoup de ressources au développement d’une intelligence artificielle qui réduit cet écart à chaque jour.

Je suis persuadé par contre que nous verrons naître une forme d’empathie électronique bien avant l’apparition d’une intelligence artificielle véritable. C’est une croyance répandue que l’empathie est une spécificité humaine. Cependant, si nous considérons les variables pré-requises à l’empathie comme étant les suivantes : une « compréhension » du contexte et la capacité « de se mettre à la place de quelqu’un », plusieurs recherches montrent que de 40 % à 80 % de nos activités quotidiennes sont des habitudes. Aux yeux d’un ordinateur, une habitude n’est rien d’autre qu’un schéma de comportement (pattern, en anglais). Un ordinateur est beaucoup plus que capable de reconnaître un schéma et de calculer sa prévisibilité. Vous n’avez qu’à utiliser la fonction « tendance », sur Microsoft Excel, afin d’en faire l’expérience par vous-même. Dans le même ordre d’idée, je vous garantis que l’empathie électronique de Facebook, basée sur l’analyse comportementale de ces 1,3 milliards d’utilisateurs, est déjà nettement plus avancée que ce dont on se doute. Comprendre l’utilisation qui peut en être faite ainsi que prévoir ses conséquences sera la compétence no.1 pour le succès en affaires dans un futur pas si éloigné.